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Chants de la Grotte de la Soie

 


COMMENT BATIR LE CHATEAU DE LA TRADITION ?

Avec les fermes fondations de la foi,
Avec les hauts murs de la persévérance,
Avec les larges briques d'argile de la concentration,
Avec les arêtes en relief de la sagesse connaissante, je l'ai bâti.
L'étage supérieur mêle ces quatre qualités,
C'est la terrasse de l'éternité.
Vous serez déçus par les demeures temporelles.
Ces prisons du mal, désertez-les !


Il a ainsi chanté.

Les villageois dirent :

- Ce chant nous est d'un extrême profit ! Mais dans vos coutumes, possédez-vous quoi que ce soit d'équivalent aux fils nés des épouses qui sont nos compagnes, à nos alliés, à nos relations, à nos richesses, à nos champs ? Ces mœurs qui sont nôtres, au lieu de les abandonner, nous les développons. Nous vous prions donc d'énoncer les raisons de rejeter tout cela et de nous expliquer vos propres coutumes.

Afin de leur répondre, Milarépa chanta cette mélodie :



Je possède le champ de la nature ultime de l'esprit,
La graine des instructions du Guru a été semée,
Les pousses de l'expérience ont germé,
Ainsi a mûri le fruit des Trois Corps.
Ces ressources dureront éternellement.
Vous serez déçus par les cultures temporelles,
La servitude du vivre et du vêtement, rejetez-la !

Possédant en la vacuité une mine,
Je suis riche des sept sublimes joyaux,
Je suis heureux de la soumission aux dix vertus
Et de la félicité inépuisable.
Ces richesses dureront éternellement.
Vous serez déçus par l'opulence terrestre,
La griserie de l'illusion, repoussez-la !

Je possède les ascendants de l'éveil
Et la présence bien nette du noble Dharma.
J'ai les oncles et les neveux prospères de la sangha
Et le soutien puissant des protecteurs de la Doctrine.
Ces alliés dureront éternellement.
Vous serez déçus par les relations mondaines,
Les accointances fortuites, renoncez-y !

J'ai le Bouddha pour ancêtre,
Mon ménage est harmonie de joie et de clarté,
Je profite du teint éclatant de la fusion,
De l'habit chamarré des expériences et des réalisations.
Ces compagnes dureront éternellement.
Vous serez déçus par les amitiés temporelles,
Les rivales occasionnelles, rejetez-les !

J'ai fait naître l'enfant du savoir.
Il a parfait le stimulant accomplissement,
Tenu un discours expert et concret,
Assuré la descendance de l'Eveil.
Ce fils durera éternellement.
Vous serez déçus par les héritiers terrestres,
Les immondices du samsâra, dispersez-les !

Vous les travailleurs, hommes et femmes de Goung Thang,
Et moi le yogi Milarépa,
Par cette propension à nous interpeller mutuellement,
Puissions-nous nous revoir sur la glorieuse terre d'Ougyèn !


Avec une foi ardente, les villageois apportèrent des vivres en effectuant de profondes salutations. Toujours ils gardèrent leur extrême dévotion envers le Jetsün.

LE CHANT DU BONHEUR

Je me prosterne aux pieds du Gracieux Marpa.
Je suis heureux d'avoir rompu les relations avec mes proches,
D'avoir renoncé à l'attachement au pays ;
Heureux car je suis libéré des devoirs officiels.
Je ne me suis pas chargé des accessoires d'un moine,
Je ne me suis pas accroché au rôle de maître de maison,
J'en suis heureux.

Parce que je n'ai plus besoin de ceci ou cela,
Parce que je suis riche des sept sublimes joyaux,
Je suis heureux.

Heureux car je ne souffre pas pour assurer ma subsistance,
Heureux car je ne crains pas le gaspillage,
Car je n'éprouve pas l'angoisse de la ruine.
Ayant réalisé le vrai sens de l'esprit je suis heureux.
Je n'ai pas à me soucier de l'humeur des donateurs,
J'en suis heureux.

Heureux car sans fatigue, lassitude ou chagrin,
Heureux car mon activité n'est point artificielle,
Car tout ce que je fais coule dans le sens du Dharma.
Je ne suis plus épuisé par le désir de bouger,
Je ne crains plus d'être blessé ou tué,
Je suis délivré de la peur d'être dépossédé,
J'en suis heureux.

Je suis heureux des circonstances propices aux vertus,
Heureux de l'abandon des impuretés,
Heureux de l'ardeur aux mérites,
Heureux de la séparation d'avec la colère et l'injure,
D'avec l'orgueil et la jalousie.
En voyant les défauts des huit phénomènes mondains,
En l'état de parfaite équanimité,
Je suis heureux.

Heureux car j'ai observé l'esprit avec l'esprit,
Car je ne ressens ni espoir ni crainte.
Sans attachement je suis heureux
Dans l'infinité de la claire lumière,
Dans la sphère de sagesse sans imagination,
Dans le stade originel de la puissance spontanée.
Heureux d'avoir laissé à leur place les sens et leurs objets,
Heureux lorsque s'éclaire la conscience des cinq ouvertures.
J'ai interrompu le va-et-vient de l'intellect,
J'en suis heureux.

J'ai de nombreuses façons d'être heureux.
Je suis un yogi qui chante d'allégresse
Et je ne souhaite pas d'autre joie.
Même si je mourais je serais heureux
Car je n'ai pas failli.
En vivant aussi je suis heureux,
Car je grandis ma dévotion.
Les bienfaiteurs assurent le vivre et le vêtement,
Ceci par la grâce du Lama, des précieux Protecteurs,
Et la félicité du yoga.
Rétchung est-il heureux lui aussi ?
A-t-il atteint son but ?


Il a ainsi chanté et Rétchungpa répondit qu'il était heureux lui aussi et qu'il avait réalisé son dessein.

- Je vous prie de me dispenser encore les instructions et les conseils, et votre bonté, demanda le disciple.

Le Jetsün, de nouveau, instruisit Rétchungpa qui s'installa en méditation dans la Grotte de la Soie. Il parvint à l'extrême perfection des expériences et des réalisations.


Source: Les Cent Mille Chants de Milarepa (ed. Fayard)...www.lespasseurs.com



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