Poèmes inédits
de Marcelle GERDAY
HARMONIE
A l’avant-plan, le saule pleurait des larmes de pluie
L’horizon, dans les gris, semblait déprimer aussi
Toute la forêt, oppressée, n’émettait aucun bruit
Le malheur de la terre pesait lourd à l’infini.
Abasourdi, Jean considérait tout ceci
Se demandant pourquoi tout était terni
Par beau temps, tout paraissait si joli
Soleil et lumière évoquaient le paradis
Il se promit d’être créateur de poésie
Porteur de beauté, de bonté, d’harmonie
Pour qu’en lui se réalise la vraie vie
Et que vers tous les autres il l’irradie.
LE BLEU
Qu’il soit turquoise, indigo, nattier ou de nuit
Le bleu seul ainsi que le ciel m’épanouit
J’ai appris que le sagittaire que je suis
Ne peut totalement vibrer que par lui
ALEA JACTA EST
Notre civilisation comme les autres passera
Le cœur se fend devant ce qui s’anéantira
De l’humanité, tous les acquis essentiels
Pure beauté qu’on voulait croire éternelle
La création, le David de Michel Ange
La chapelle Sixtine et Sainte-Sophie
De Beethoven la neuvième symphonie
Mozart, Wagner, Schubert, Monteverdi, Mahler
Shakespeare, Victor Hugo, Kant et Voltaire
Les œuvres des plus grands esprits anéanties
Au même instant que notre cadre de vie
Les forêts, les volcans et leurs étincelles
Les roches, les animaux et les mers si belles
Les alpages, les ruisseaux et les ruelles
L’humain a bien aidé l’inexorable temps
Quel sera le jugement du phylum suivant ?
NB : phylum = lignée génétique complexe d’espèces vivantes
QU’EMPORTERAI-JE ?
Qu’emporterai-je dès que je vais m’en aller
Déjà vers un plan vibratoire plus élevé
Le parfum d’une rose, le rire d’un nouveau-né
Une goutte d’eau irisée ou un son modulé
La chaude étreinte d’une mère aimée,
La tendre protection d’un père attentionné
Un discours, voire un serment passionné
L’ensoleillement doré d’un paysage d’été
Une montagne de neige immaculée
Un rayon de lumière, un dernier baiser
Je veux garder une vraie curiosité
De tout ce qui est vie, énergie, beauté
Connaissance essentielle et totale unité
Au cours de ce passage terrestre imposé
En peu de temps qu’ai-je appris, qu’ai-je aimé