C’est en tout cas ce que l’on dénonce à nouveau depuis qu’Yves Leterme a donné sa démission au roi. Albert Douille, disc-jockey à ses heures perdues va donc de nouveau trouver un enchaînement susceptible de remettre un peu d’harmonie en sa demeure et d’éviter que la Belgique ne s’embrase au son nasillard de «Ça sent le Vlaams et ça revient. C’est fait de tous petits riens.». Heureusement que Johnny n’est pas devenu belge, car son «allumez le feu» aurait pu être très mal interprété.

Pourtant évoquer la partition de la Belgique ne me fait pas peur, bien au contraire, c’est un air peut-être moins entraînant que d’autres mais si je me mets à vous le fredonner, nul doute que vous reconnaîtrez en lui la Brabançonne et non pas un requiem. Il ne manquerait plus que cela, que chacun succombe au méli-mélodrame ambiant. Avec quelle portée ces évènements se jouent-ils ? On parle de répercussions internationales, mais nul ballet diplomatique ne se profile à l’horizon car les pays voisins estiment que les Belges sont après tout capables de s’entendre malgré leurs dissonances persistantes.1

Ceci dit, je suis toujours surpris lorsque je découvre un article qui évoque la fracture belge. C’en est à se demander comment fait le premier ministre Yves Leterme pour tomber systématiquement sur un os. Non, ne me dites pas que c’est parce que la Belgique est un fossile, elle n’existe que depuis 1830, c’est une petite jeunette et si elle ne survivait pas, ses détracteurs se réjouiraient d’affirmer qu’en effet elle n’a pas fait de vieux os. Ce n’est pas pour jaboter ou mettre les pattes dans le plat, mais le plat pays c’est vraiment une histoire d’œufs fêlés (d’œuf ailé ?) . Pourquoi ? Parce que ce n’est un secret pour personne si je dis que les Flamands et les Wallons sont brouillés, quand bien même le chanteur Arno fait valoir qu’ils sont tous des œufs ropéens.2

Oui les deux communautés majoritaires de la Belgique sont aussi brouillées que les pistes d’une carte au trésor imaginaire. Je me souviens que l’hiver ou l’automne dernier, nous assistions aux cinq minutes de courage d’Yves Leterme dont les plus paranoïaques ont cru qu’il s’agissait des cinq dernières minutes de la Belgique toute entière avant qu’elle n’appuie sur la gâchette. Yves Leterme, de son sobriquet Le Terne parce que selon les Wallons les plus craintifs il nourrirait secrètement l’envie d’enterrer le plat pays, a pourtant remis à nouveau sa démission au bien encombré Albert Douille, roi de la côtelette et de ses sujets aussi complémentaires que le dernier numéro d’un tirage du loto lorsque l’on ne possède que les deux premiers.

Des missions de Leterme ? Il lui en reste néanmoins encore une à accomplir à mon avis, car en dépit de son impopularité actuelle je le vois bien reconduit dans ses fonctions de Premier ministre3. Comment parler de concert a-t-il pu être une difficulté pour un chef d’orchestre qui a su rassembler 800 000 voix de préférence chez les Flamands ? Oh je sais bien que c’est toujours le BHV4 qui cause problème, et que les néérlandophones croient voir venir le vol par la fraction de leur territoire. En effet, il est bien connu qu’en politique les fractions composent la base essentielle de tout hold-up électoral, ne dit-on pas qu’il faut diviser pour régner ?5

Un beau paradoxe pour ce pays dont la devise est paraît-il : l’Union fait la force6 . Il n’empêche que dans toute cette histoire, c’est encore au roi de nous faire patienter en nous offrant un entracte. Ensuite, quel que soit son choix parmi la gamme des hypothèses qui lui sont offertes , la belle gigue reprendra son cours et si possible sans fausse note.

  1. Sur leur divorce ? Pourquoi pas ? Mais la séparation promet d’être amusante quand je pense à leurs troupes au Liban ou en Afghanistan. En hommes des casernes avisés, ils continueront de remplir la tâche qu’on leur demande d’accomplir, à moins que des imbéciles ne remettent en question la chaîne de commandement pour des raisons bassement communautaires.
  2. Inutile de me causer des yeux de De Robien, ce serait louche et cela n’aurait aucun rapport car de ces yeux-là on dit qu’ils sont agiles.
  3. Ou de premier sinistre pour peu que vous, mon cher lectorat, l’appeliez réellement Yves le terne.
  4. Arrondissement Bruxelles-Halle-Vilvoorde, sorte de rayon quincaillerie du Bazar de l’Hôtel de Ville mais à l’échelle de la Belgique entière.
  5. Petite parenthèse à l’égard de l’ancienne candidate présidentielle Ségolène Royal dont le domicile a été victime des fractions. Voulait-elle réduire le risque des fractions en accusant l’UMP et le président d’en être le même dénominateur ? Était-ce là un bon calcul ou au contraire faut-il se faire de la bile pour elle ?
  6. À moins que ce ne soit l’oignon, car dans l’un de mes billets précédents je faisais valoir que les Flamands comme les Alsaciens se réunissaient chez Flams ou Vlams autour d’une flammekueche.
  7. À l’attention d’ un groupe de camarades dont la lucidité est à toute épreuve et de mon lectorat silencieux, il vous est permis de cliquer sur ce bouton pour dévoiler l’ensemble des jeux de mots la chronique


    Cher lectorat, le thème de la chronique belge était une fois de plus musical un peu comme le jeu des chaises auquel peu de politiciens ont véritablement envie de se livrer pour remplacer Yves Leterme. Si les yeux sont agiles c’est que ce sont ceux de Gilles de Robien qui était complètement étranger à ce billet et dont l’apparition ici même constitue une illusion. Vous aurez aussi reconnu la différence entre le vol avec effraction et la fraction comme subtilité politique.

Monsieur Pingouin
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