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Le Passeur

 

Il y a ce pont, long d'une enjambée, à peine.
Personne n'est tout à fait d'accord sur ce qui se trouve en dessous.
Certains y ont vu un gouffre insondable quand ils l'ont traversé,
mais d'autres disent qu'il n'y a rien en dessous.

Ce qui se tient sous le pont, le vide ou le rien,
monopolise l'attention de celui qui demande à passer.

La peur se lit sur son visage.
Le passeur tend la main et invite à "passer".
"Ne craignez rien !" dit-il à tous les visiteurs.
Mais le geste de sa main est ferme et directif.
"Vous pouvez passer !"

Celui qui demande à passer a le regard fixé sur ce qu'il voit sous le pont.
Il est comme aspiré, et retenu à la fois, par cette image.

"Regardez ma main, regardez ce qu'elle vous montre" dit le passeur.

Il sait que l'acte du passage est déterminant.
Il sait ce qu'il y a sous le pont, en vérité.
Il sait qu'au moment où la main du passant rejoint celle du passeur,
l'un et l'autre se rejoignent dans cette connaissance.

Celui qui demande a passer est pris de vertige, il recule,
il se plaint de l'insistance du passeur, de sa main qui l'invite.

"Qu'est-ce qui vous retient ?" demande le passeur.
Le passant montre avec véhémence le dessous du pont.
"Acceptez mon invitation" dit-il encore.
Parfois le passant disparaît à nouveau dans la nuit,
pour un temps, parfois il passe en un élan soudain.

"Qu'y avait-il sous le pont ?"
demande invariablement le passeur à celui qui est passé.
Tous deux rient à gorge déployée.
"moi !" dit invariablement le passant...
lorsqu'il est finalement passé.


Source: Thierry Vissac...www.lespasseurs.com



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